Réclamation fiscale : la réponse de l'administration
L’administration va « instruire » votre réclamation
C’est une obligation pour l’administration. Sauf si votre réclamation s’avère irrecevable pour vice de forme ou si elle est présentée hors délai, l’administration a l’obligation d’instruire votre réclamation. En règle générale, cette instruction est réalisée par l’agent des impôts qui est à l’origine de l’imposition contestée.
Concrètement, comment se déroule cette étape ? L’agent va procéder à un examen de votre réclamation : non seulement il va vérifier si les conditions de forme sont effectivement respectées (avez-vous joins l’avis d’imposition contesté, la réclamation est-elle effectivement signée, etc. ?), mais il va aussi et surtout étudier vos arguments tendant à obtenir la décharge des impositions. Cela suppose d’étudier les circonstances de fait qui motivent votre réclamation, ainsi que les arguments de droit que vous soulevez pour faire valoir votre position. En pratique, l’agent instructeur va s’assurer du bien-fondé de votre demande :
- le vérificateur portera une attention particulière aux faits décrits afin de vérifier l’intérêt qu’ils présentent pour la solution qu’il faudra apporter au litige ; il pourra enquêter pour vérifier l’exactitude des faits que vous rapportez (il pourra, par exemple, procéder à un examen de la comptabilité, même si le litige fait suite à une vérification de comptabilité) ;
- il examinera l’ensemble des éléments de preuve et les justifications que vous apportez à l’appui de votre demande, spécialement quand la charge de prouver que l’imposition est exagérée vous revient ;
- il examinera également vos arguments de droit : il vérifiera les règles et la jurisprudence dont vous faites état, mais, plus généralement, des dispositions qui se rapportent au litige examiné.
L’importance de la motivation. Voilà pourquoi il est essentiel de motiver avec suffisamment de précisions et d’arguments votre réclamation : c’est bien au vu de votre argumentation que l’administration sera encline à faire droit ou non à votre demande. Il n’est donc pas inutile, dans le cadre d’une réclamation, de recourir aux services d’un conseil spécialisé, rompu à ce genre d’exercice.
Attention. Le dépôt d'une réclamation ne dispense pas le contribuable du paiement de l’impôt contesté. Toutefois, si l’impôt n’a pas encore été payé, le contribuable peut demander, via sa réclamation, un sursis de paiement. Si le sursis de paiement est accordé, l’exigibilité de la créance est alors suspendue jusqu’à la décision de l’administration, ou le cas échéant, du tribunal.
L’administration va répondre à votre réclamation
Est-elle astreinte à un délai ? Par principe, l’administration est tenue de vous répondre dans le délai de 6 mois, décompté à partir de la réception de votre réclamation (d’où l’intérêt d’envoyer cette réclamation par courrier avec accusé réception afin de lui donner une date certaine et opposable). Il faut savoir que si l’agent ne peut pas statuer sur votre réclamation dans ce délai, il doit vous en aviser : il dispose alors d’un délai complémentaire de 3 mois maximum.
Le saviez-vous ?
Une absence de réponse de l’administration dans ce délai de 6 mois, éventuellement prolongé de 3 mois, ne signifie pas qu’elle vous donne automatiquement raison : il s‘agira alors d’une décision « implicite » de rejet, qui vous permet, une fois ce délai écoulé (et à condition d’être en mesure de le justifier) de saisir le juge de l’impôt.
L’administration vous donne raison. C’est évidemment la meilleure des solutions : dans cette hypothèse, les impositions complémentaires sont annulées, et vous n’aurez rien à payer. Trois remarques à ce sujet :
- si vous aviez versé l’impôt dont vous venez d’obtenir le dégrèvement, il vous sera remboursé ;
- dans l’hypothèse où vous avez constitué des garanties et versé des consignations, à l’appui d’une demande de sursis de paiement, ces garanties vous sont restituées ; si vous avez engagé des frais, demandez-en le remboursement ;
- dans ces deux hypothèses, vous avez droit au versement d’intérêts moratoires, calculés au taux de 0,20 % par mois (calculés depuis la date de paiement de l’impôt ou la date de versement des consignations).
L’administration ne fait pas droit à votre demande. Spécialement dans cette hypothèse, l’administration est tenue de motiver sa décision de rejet, par lettre recommandée avec accusé de réception, tant au regard des circonstances de fait qu’au regard des règles et textes applicables, que ce rejet soit total ou partiel. Vous avez, par la suite, trois options :
- soit vous renoncez à poursuivre le contentieux : l’imposition complémentaire est donc due et, si vous ne l’avez pas encore payée, vous devez vous acquitter de votre dette, assortie, le cas échéant, des pénalités pour paiement tardif et des intérêts de retard ;
- soit vous entendez poursuivre la contestation, et vous devez dans ce cas saisir le juge de l’impôt compétent ;
- soit vous privilégiez une tentative de recours amiable avant toute saisie du juge. Il convient alors de saisir le conciliateur fiscal départemental ou le médiateur des ministères économiques et financiers.
Le délai pour saisir le juge. Plusieurs délais sont applicables, selon la nature de la réponse de l’administration :
- si elle rejette votre réclamation par écrit et vous mentionne expressément les délais et voies de recours qui s’offrent à vous : vous disposez alors d’un délai de 2 mois pour saisir le tribunal ;
- si elle rejette votre réclamation par écrit mais ne mentionne pas les délais et voies de recours : vous pouvez saisir le tribunal dans un « délai raisonnable », fixé à un an ;
- si elle ne vous répond pas dans les 6 mois suivants la présentation de votre réclamation : dans cette hypothèse, vous pouvez saisir le tribunal à tout moment, le « délai raisonnable » d’un an n’étant pas ici applicable.
À noter. Si le délai pour saisir le tribunal est dépassé, rien n’est perdu. Le contribuable peut toujours, si le délai légal de réclamation n’est pas dépassé, présenter une nouvelle réclamation pour la même imposition.
Saisir quel juge de l’impôt ? Vous avez deux mois pour saisir le juge de l’impôt, décompté à partir de la notification du rejet de votre réclamation par l’administration. Mais, sachez que vous pouvez aussi saisir le juge de l’impôt dès l’expiration du délai de 6 mois (éventuellement 9 mois) imparti à l’administration pour se prononcer sur votre réclamation. Pour votre information :
- le juge administratif est compétent pour connaître des litiges relatifs aux impôts directs et aux taxes sur le chiffre d’affaires ;
- le juge civil est compétent pour connaître des litiges relatifs aux droits d’enregistrement et de timbre, aux contributions indirectes, à l’impôt de solidarité sur la fortune (jusqu’au 1er janvier 2018) et à l’impôt sur la fortune immobilière (qui remplace, depuis le 1er janvier 2018, l’impôt de solidarité sur la fortune).
Le saviez-vous ?
Lorsqu’un litige doit être soumis au juge administratif, la requête, présentée par un avocat, doit, à peine d'irrecevabilité, être adressée à la juridiction par voie électronique au moyen d'une application informatique dédiée accessible par le réseau internet (dénommée « Télérecours »). La même obligation est applicable aux autres mémoires du requérant.
À noter. Si l’administration rejette votre réclamation, vous pouvez toujours former une demande de dégrèvement d’office. Retenez cependant que cette possibilité de vous accorder un dégrèvement n’est qu’une faculté laissée à la libre appréciation de l’administration. En clair, si l’administration refuse de vous accorder un dégrèvement, vous ne pourrez pas contester sa décision !
À retenir
Une fois son instruction faite, l’administration doit vous répondre et motiver sa décision. Si elle vous donne raison, vérifiez les conditions de remboursement de l’impôt dégrevé (si vous l’avez versé), et notamment le versement d’intérêts moratoires ; demandez le remboursement des frais de constitution de garanties que vous auriez constitués en cas de sursis de paiement.
Inversement, si elle ne réserve pas une suite favorable à votre réclamation, vous aurez deux mois pour saisir le juge de l’impôt compétent.
J'ai entendu dire
À qui doit-être notifiée la décision de l’administration sur la réclamation ?La décision doit être notifiée, par écrit, à l’entreprise elle-même. Il faut noter que la Cour de Cassation a eu l’occasion de juger que la notification de la décision à l’avocat qui a rédigé la réclamation au nom de l’entreprise est irrégulière.
L’irrégularité de la notification n’affecte pas l’imposition elle-même : elle rend inopposable le délai qui vous est imparti pour saisir le juge de l’impôt.
- Articles R 198-1 et suivants du Livre des procédures fiscales (instruction des réclamations)
- BOFiP-Impôts-BOI-CTX-PREA-10-70 et 10-80
- Arrêt de la Cour de cassation, chambre commerciale, du 29 novembre 1983, n° de pourvoi 82-12187 (notification de la décision à l’avocat)
- Arrêt du Conseil d’État du 7 décembre 2016, n° 384309 (délais de recours contre les décisions de rejet de réclamations fiscales)
- Décret n° 2016-1481 du 2 novembre 2016 relatif à l'utilisation des téléprocédures devant le Conseil d'Etat, les cours administratives d'appel et les tribunaux administratifs
- Arrêt du Conseil d’État du 19 juin 2017, n°403096 (contestation d’un refus de dégrèvement d’office)
- Loi de finances rectificative pour 2017 du 28 décembre 2017, n° 2017-1775 (article 55).
- Avis du Conseil d’État du 21 octobre 2020, n°443327 (délai pour saisir le tribunal)
Rédiger une réclamation contre un impôt ou une taxe
Réclamation fiscale : un préalable nécessaire
Une étape obligatoire. Si vous entendez contester une imposition ou une taxe mise à la charge de votre entreprise (mais ce sera aussi le cas pour vous à titre personnel), vous ne pouvez pas saisir directement le juge de l’impôt : vous devrez, au préalable, porter votre réclamation devant l'administration fiscale. Il s’agit là d’une particularité en matière fiscale qui, si vous ne la respectez pas, c’est-à-dire si vous saisissez directement le juge de l’impôt, rendra irrecevable votre demande : en clair, le juge de l’impôt n’y donnera pas suite, quand bien même votre contestation serait fondée.
Par la suite... Ce n'est que dans l'hypothèse où l'administration fiscale ne ferait pas droit à votre demande que vous pouvez poursuivre le contentieux devant le juge de l'impôt (en saisissant les tribunaux administratifs ou judiciaires en fonction de la nature de la taxe ou de l'impôt contesté).
À qui devez-vous vous adresser ? Vous devez vous adresser au service de l’administration fiscale du lieu de l’imposition : pour les réclamations relatives aux impôts et taxes dus par l’entreprise, vous vous adresserez à votre service des impôts des entreprises, dont les coordonnées figurent, généralement, sur les avis d’impositions qui vous sont envoyés. Il peut exister quelques particularités, et notamment en matière de droits d’enregistrement : si vous portez une réclamation ayant pour objet de contester la valeur vénale d’un immeuble, d’un fonds de commerce, d’une clientèle, etc., vous devrez vous adresser au service des impôts du lieu de situation du bien en question. Pour les impôts dus en cas de dons, de cession de titres non constatées par un acte ou de succession, les réclamations doivent être adressées au service national de l’enregistrement (SNE), dès lors que la déclaration initiale a été déposée auprès de ce service.
En cas d’erreur de destinataire… L’administration ne pourra pas rejeter votre réclamation au seul motif qu’elle a été envoyée au mauvais service. Dans ce cas, ce service, qui sera donc incompétent pour instruire votre demande, a pour instruction de transmettre votre réclamation au service compétent, et de vous en aviser.
Réclamation fiscale : comment ?
Un écrit... Même si une réclamation peut être faite oralement, il est fortement conseillé de procéder par écrit et d’envoyer votre courrier par recommandé avec accusé réception (pour lui conférer date certaine). Une simple lettre suffit et elle ne sera soumise à aucun droit de timbre.
… Voire un mail… Récemment, le juge a admis pour une entreprise la régularité d’une réclamation faite par mail. À ce sujet, notez qu’il est admis, pour les particuliers, de procéder à des réclamations fiscales en ligne notamment pour l’impôt sur le revenu, l’impôt sur la fortune immobilière, les impôts locaux et les droits d’enregistrement.
... suffisamment motivé. Pour que votre courrier soit assimilé à une réclamation, il doit contenir un certain nombre de mentions : ainsi, non seulement vous aurez soin de préciser la nature et le montant de l'impôt que vous contestez, mais vous aurez aussi soin de motiver votre contestation, en retenant tous les arguments de fait et de droit que vous pourrez opposer à l'administration fiscale. Une réclamation suppose nécessairement une contestation : une lettre sollicitant un délai de paiement ne vaut pas contestation de l’impôt concerné. Et retenez qu’une contestation non motivée ne permettra pas à l’administration de se prononcer sur votre demande.
Le saviez-vous ?
Vous pourrez réclamer la réparation d’une erreur comptable, mais vous ne pourrez pas demander la correction d’une décision de gestion qui résulte d’un choix délibéré de votre part, quand bien même elle se traduirait par une erreur comptable (qui est alors ici qualifiée de « délibérée »).
Attention au contenu. Faites en sorte que le courrier envoyé à l’administration s’analyse effectivement comme une « réclamation fiscale », quitte à insister sur cet intitulé.
Pour la petite histoire… Le juge de l’impôt a eu à se prononcer sur le contenu d’un courrier de réclamation, intitulé « recours gracieux ». Il a conclu que quand bien même la personne aurait utilisé cet intitulé, il n’en demeure pas moins qu’il s’agissait d’une « réclamation préalable », les motifs de droit qui permettaient de contester le bien-fondé de la taxation étant suffisamment développés. Il s’agit là d’un exemple qui s’est finalement bien terminé pour la personne qui a déposé sa réclamation, mais il a tout de même fallu en appeler au juge de l’impôt pour faire plier l’administration fiscale.
Pour la petite histoire bis… Un couple fait construire une maison dont la surface excède ce qui était prévu par le permis de construire. Dans ces circonstances, le directeur départemental des territoires adresse un courrier aux époux, les informant que du fait de ce dépassement de la surface autorisée, ils allaient devoir s’acquitter d’un supplément de taxe locale d’équipement, de taxe d’urbanisme, etc. A ce titre, le directeur leur communique, à titre d’information, un avis d’imposition précisant que le paiement du supplément de taxe n’interviendrait qu’à compter de la réception de l’avis d’imposition définitif. A son tour, le couple adresse 2 courriers au directeur départemental, pour contester le supplément d’imposition en question. Contestation sans effet, puisque le directeur maintient sa position. Le couple conteste à nouveau, à 2 reprises, sans succès.
Une contestation… Quelques semaines plus tard, les époux reçoivent l’avis d’imposition définitif (dont le contenu est identique à l’avis d’imposition informatif) accompagné d’un avis de paiement, leur réclamant le supplément de taxation. Estimant toujours ne rien devoir payer, le couple saisit le juge pour lui demander d’annuler le redressement fiscal. A tort, selon l’administration, qui estime qu’ici, la procédure de contestation n’a pas été respectée puisque les époux sont directement allés voir le juge à réception de l’avis d’imposition définitif. En l’absence de réclamation préalable, la contestation portée devant le juge n’a pas lieu d’être…
… suffisante ? Sauf que l’administration semble avoir oublié les 4 courriers de contestation adressés à réception de l’avis d’imposition informatif, rappelle le juge : l’avis d’imposition définitif étant identique à l’avis d’imposition informatif, ces 4 courriers ont bien valeur de réclamation préalable.
Utilisez tous les textes à votre disposition ! Pour vous aider dans votre démarche, vous disposez de différentes sources : les textes législatifs et règlementaires (le Code Général des Impôts, le Livre des Procédures Fiscales), les décisions de jurisprudence (rendues par les juridictions administratives et judiciaires), les réponses ministérielles apportées aux questions écrites ou orales devant les assemblées parlementaires, etc. Pensez aussi à consulter la documentation administrative (le bulletin officiel des finances publiques), d’autant que les vérificateurs ont tendance à privilégier cette doctrine pour motiver leurs propositions de rectifications fiscales. Cette documentation juridique n’est toutefois pas toujours adaptée et d’un usage aisé, d’où l’intérêt que vous pouvez avoir à solliciter l’aide d’un conseil spécialisé en contentieux fiscal.
Le saviez-vous ?
Joignez impérativement à votre réclamation une copie de l'avis d'imposition ou de l'avis de mise en recouvrement dont vous contestez le principe ou le montant, ainsi que toutes les pièces ou tous les documents que vous jugerez utiles à l'appui de votre réclamation.
Par qui doit être faite cette réclamation ? D’une manière générale, une réclamation doit être individuelle. Il est toutefois admis que les associés d’une société de personne, dont les résultats sont imposés entre leurs mains personnellement, puissent formuler une réclamation collective pour contester les impôts mis à la charge de la société. Compte tenu de la complexité de la règlementation fiscale, il n’est pas inutile de confier la rédaction de la réclamation à votre conseil habituel qui saura se prévaloir des arguments juridiques nécessaires pour faire valoir vos droits et ceux de l’entreprise.
Qui rédige le courrier ? La personne qui signe le courrier doit avoir « qualité » pour agir au nom de l’entreprise. D’une manière générale, les dirigeants de l’entreprise ont qualité pour agir au nom de l’entreprise, et donc signer la réclamation, sans avoir à justifier d’un mandat pour agir (sont visés l’entrepreneur individuel, les gérants de SARL, les PDG et DG de SA, les présidents de SAS, les associés de SNC…). Les avocats sont également autorisés à agir au nom de l’entreprise sans avoir à justifier d’un mandat. Toute autre personne, et notamment un collaborateur de l’entreprise, devra justifier d’un tel mandat si elle signe la réclamation (mandat qu’il faudra joindre au courrier).
Une signature obligatoire ! La réclamation doit être impérativement signée de son auteur : si tel n’est pas le cas, l’administration doit vous inviter à régulariser cette réclamation dans les 30 jours. Si vous ne vous exécutez pas dans ce délai, la réclamation sera déclarée irrecevable.
Réclamation fiscale : combien ?
Précisez le montant réclamé. Il est important de préciser, comme nous l'avons déjà signalé, le montant de l'imposition que vous entendez contester : l'appréciation du montant contesté est d'autant plus importante que si vous deviez, le cas échéant, poursuivre la contestation devant le juge de l'impôt (en cas de rejet de vos arguments par l’administration), vous ne pourrez le faire qu'à hauteur du montant mentionné dans votre réclamation préalable. Il s'agit donc de ne pas se tromper.
Pour la petite histoire… Le juge de l’impôt a eu à se prononcer sur le contenu d’un courrier de réclamation. Une association, exonérée d’impôt sur les sociétés, n’a formé réclamation que pour les sommes qu’elle a spontanément acquittées. Elle a omis de demander le remboursement du supplément d’IS résultant d’un contrôle fiscal. Dès lors, le juge a considéré que l’administration n’était tenue au remboursement que des sommes mentionnées dans le courrier de réclamation. Puisqu’elle a omis de réclamer le surplus, l’association ne pourra pas en obtenir remboursement !
Faut-il payer tout de suite ? La question qui peut se poser est de savoir si, malgré la réclamation, vous devez payer l'imposition que vous contestez. Imaginons que vous perdez : vous aurez payé ce que vous devez. Imaginons cette fois-ci que vous gagnez : l’Etat vous remboursera le montant versé, accompagné d’intérêts moratoires.
Non ! Mais vous pouvez 'surseoir au paiement', à condition de le préciser dans le corps de votre réclamation, par une mention du type 'la société... sollicite le bénéfice de l'article L 277 du Livre des Procédures Fiscales à hauteur du montant réclamé, soit ... € en principale et ... € au titre des pénalités'. Dans ce cas, vous ne vous acquittez pas immédiatement du montant de l'imposition qui vous est réclamé.
Attention. Il est important de noter qu’un sursis de paiement a pour effet principal de suspendre le délai dont dispose l’administration pour recouvrer les sommes qui lui sont dues.
Codébiteur ? Les effets de la demande de sursis de paiement s’étendent non seulement à la personne qui a formulé cette demande, mais aussi à ses codébiteurs solidaires.
Exemple. C’est précisément ce qu’a appris un dirigeant à ses dépens. Sa société a fait l’objet d’un contrôle qui a débouché sur un redressement fiscal en matière de TVA. En désaccord avec le montant des sommes réclamées, elle a adressé à l’administration une réclamation assortie d’une demande de sursis de paiement. L’administration, puis le juge, ont refusé le bénéfice d’un tel sursis. Quelques temps plus tard, le gérant particulier de la société a été poursuivi personnellement par l’administration (en tant que codébiteur solidaire) qui lui réclame le paiement du supplément de TVA. Le dirigeant a contesté, considérant que si la société a fait une demande de sursis de paiement, qui vient suspendre le délai dont dispose l’administration pour recouvrer les sommes qui lui sont dues, lui, gérant particulier, n’a jamais fait une telle demande.
Solidarité pour le paiement, solidarité pour le sursis. Peu importe a estimé le juge : il a rappelé au gérant que lorsqu’une réclamation assortie d’une demande de sursis est adressée à l’administration, l’effet de ce sursis s’étend non seulement à la société à l’origine de la demande, mais aussi à ses codébiteurs solidaires.
Le saviez-vous ?
Si vous sollicitez le bénéfice du sursis de paiement, l'administration vous demandera de constituer des garanties, afin de s'assurer du recouvrement de l'impôt dans l'hypothèse d'un rejet de votre réclamation: versement sur un compte d’attente du Trésor, créances sur le Trésor, présentation d’une caution, affectations hypothécaires, nantissement de fonds de commerce, etc.
Toutefois, aucune garantie n'est susceptible d'être réclamée à l'entreprise si le montant de la réclamation n'excède pas 4 500 € (montant de l'impôt ou de la taxe, hors pénalités éventuelles).
À noter. L’administration dispose d’un délai de 45 jours pour vous notifier un éventuel refus vis-à-vis des garanties que vous lui proposez dans le cadre de votre réclamation (le refus des garanties peut être contesté devant le juge du référé fiscal, mais cela suppose de consigner une somme égale au 1/10ème du montant des impôts contestés). Passé ce délai, elle est réputée les accepter.
Un sursis : jusqu'à quand ? L'effet suspensif du sursis perdure jusqu'à la décision définitive, celle du juge de l'impôt ou, si vous ne l'avez pas saisi, jusqu'à l'expiration du délai qui vous est imparti pour le saisir.
L’issue du litige : vous gagnez. S’il est fait droit à votre réclamation, pas de problème : vous n’avez rien à payer et si l’administration a exigé des garanties dans le cadre du sursis de paiement, elle vous remboursera les éventuels frais que vous avez dû payer (à condition d’en faire la demande !). Vous aurez droit d’office, en outre, à des intérêts moratoires payés en même temps que les frais remboursés.
L’issue du litige : vous perdez. À l’inverse si vous perdez, vous devrez non seulement payer les impôts ou taxes initialement contesté(e)s, mais vous aurez également à verser des majorations pour retard de paiement et, éventuellement, des intérêts de retard (au taux de 0,20 %) ou des intérêts moratoires (également au taux de 0,20 %, applicable en matière d’impôt sur le revenu et d’impôts directs locaux). Mesurez l’intérêt d’une demande de sursis au regard de vos chances de succès…
A retenir
Vous devez obligatoirement, et au préalable, porter votre réclamation devant les services des impôts : ce n’est qu’en cas de rejet de votre demande que vous pourrez saisir le juge de l’impôt.
Motivez votre position en faisant valoir tous les arguments utiles, joignez à votre demande l’avis d’imposition contesté, ainsi que toutes les pièces justificatives à l’appui de votre contestation.
J'ai entendu dire
J'ai entendu dire que l'administration devait impérativement répondre dans les 6 mois. Qu'en est-il exactement ?En réalité, l'administration n'est pas tenue de répondre dans un certain délai. Néanmoins, il est vrai que si elle ne répond pas dans les 6 mois, vous serez alors autorisé à saisir le juge de l'impôt, sans attendre sa réponse. Il est impératif, dans cette hypothèse, que vous soyez en mesure de justifier de l'expiration de ce délai de 6 mois (conservez précieusement l'accusé réception de votre réclamation).
Sachez, à cet égard, que si la réclamation a été adressée à un service autre que celui qui est compétent pour instruire votre demande, le délai de 6 mois court à compter de la réception de la demande par le 1er service.
- Articles L 190 et suivants du Livre des Procédures Fiscales
- Article L 277 du Livre des Procédures Fiscales
- Articles R 190-1 et suivants du Livre des Procédures Fiscales
- Articles R 277-1 et suivants du Livre des Procédures Fiscales
- BOFiP-Impôts-BOI-CTX-PREA-10-10, 10-50 et 10-60
- Décret n° 2009-985 du 20 août 2009 relatif aux conditions d'octroi du sursis de paiement prévu à l'article L. 277 du Livre des Procédures Fiscales et modifiant le décret n° 2007-568 du 17 avril 2007 relatif aux modalités de mise en œuvre de la publicité du privilège du Trésor pour les créances mentionnées à l'article 1929 quater du Code Général des Impôts et aux articles 379 et 379 bis du Code des Douanes
- Décret n° 2009-986 du 20 août 2009 relatif aux conditions d'octroi du sursis de paiement prévu à l'article L. 277 du Livre des Procédures Fiscales
- Décision du Conseil Constitutionnel du 6 juin 2014, n° 2014-400 QPC (constitutionnalité imputation frais de garanties sur les intérêts de retard ou moratoires)
- Arrêt du Conseil d’Etat du 5 juin 2015, n° 386793 (contestation devant le juge des référés et consignation)
- Arrêt du Conseil d’Etat du 9 mars 2016, n° 380808 (erreur comptable délibérée)
- Arrêt du Conseil d’Etat du 29 mai 2017, n°396577 (recours gracieux et réclamation préalable)
- Arrêt du Conseil d’Etat du 21 juin 2017, n°392692 (omission d’une demande de remboursement dans la réclamation préalable)
- Arrêt du Conseil d’Etat du 4 décembre 2017, n°394903 (solidarité codébiteurs et effets de la demande de sursis de paiement)
- Loi de Finances rectificative pour 2017 du 28 décembre 2017, n°2017-1775 (article 55)
- Arrêt du Conseil d’Etat du 4 avril 2018, n°402070 (intérêts moratoires, dégrèvement et forme de la réclamation)
- Arrêt de la Cour Administrative d’Appel de Bordeaux du 15 janvier 2018, n°17BX03652 (réclamation préalable impérative avant de saisir un tribunal)
- Arrêt du Conseil d’Etat du 27 juin 2018, n°408649 (contestation d’un avis d’imposition informatif = réclamation préalable)
- Arrêt de la Cour administrative d’appel de Toulouse du 9 février 2023, n° 20TL03803 (régularité d’une réclamation par mail)
- Décret n° 2023-1325 du 29 décembre 2023 relatif aux modalités de déclaration en matière d'enregistrement et à leurs conséquences sur la compétence du service national de l'enregistrement en matière de réclamation
Demander une remise d'impôt à titre gracieux : est-ce possible ?
Bénéficier d’une remise gracieuse de vos impôts ?
Pour tous les impôts et/ou taxes ? Pour autant que vous en fassiez la demande, il sera possible de solliciter la bienveillance de l’administration fiscale pour qu’elle vous accorde une remise ou une modération des impôts mis à la charge de l’entreprise. Mais ce ne sera pas possible pour tous les impôts et taxes et, en tout état de cause, sous conditions…
Non ! Demander une remise gracieuse en matière d’impôts ou taxes n’est possible qu’en matière d’impôts directs (impôt sur le revenu ou impôt sur les sociétés par exemple). Inversement, vous ne pouvez pas, en principe, demander une remise de TVA ou de droits d’enregistrement, ou autres taxes assimilées et contributions indirectes.
Toutefois, cette impossibilité d’accorder des remises gracieuses en matière de TVA peut parfois conduire à des situations de double imposition. Cela sera le cas, par exemple, d’une société étrangère pour qui l’administration considère qu’elle dispose en France d’un établissement stable : cette société va donc se retrouver à devoir payer non seulement l’IS mais également la TVA, alors même que cette TVA a déjà été payée par son client français qui l’a auto-déclarée.
Depuis le 1er janvier 2019, dans ces situations bien particulières (lorsque la TVA a bien été auto-liquidée) et pour éviter les risques de double imposition en cas de caractérisation d’un établissement stable en France d’une société étrangère, l’administration fiscale a la possibilité d’accorder des remises gracieuses de TVA.
Justifier d’une gêne financière… Pour que l’administration puisse vous accorder une remise, vous devrez faire état de difficultés financières suffisamment importantes pour qu’elle empêche l’entreprise de se libérer de sa dette fiscale. Il faudra, à cet égard, en faire état dans votre demande et apporter tous les éléments justificatifs utiles tendant à prouver vos difficultés. Si la demande de remise gracieuse concerne l’impôt sur le revenu dû par un particulier, l’administration peut notamment se prononcer sur la demande au vu des recommandations qui ont été faites par la commission de surendettement le cas échéant.
Conseil. Faites une présentation sommaire de la situation de l’entreprise tendant à justifier le bien-fondé de votre demande : actif disponible ou réalisable, passif exigible à court, moyen et long terme, montant du chiffre d'affaires, état des pertes des derniers exercices, etc.
Le saviez-vous ?
Si vous subissez, à titre personnel, une baisse brutale de vos revenus d’au moins 30 %, vous pouvez obtenir un échelonnement de paiement de votre impôt sur le revenu. Dans ce cas, vous bénéficiez d’une remise totale de la majoration de 10 % sur les sommes non réglées à l’échéance.
Un refus ? Malgré l’existence d’une situation de gêne financière, l’administration peut refuser de vous accorder une remise gracieuse d’impôt si elle prouve que vous vous êtes volontairement rendu insolvable.
Exemple. Le juge a décidé, dans le cadre d’un litige portant sur une demande de remise gracieuse opposant un couple à l’administration fiscale, que le fait de décider de rembourser en priorité des créanciers autres que l’administration fiscale ne suffisait pas à démontrer que le couple avait volontairement organisé son insolvabilité.
Bénéficier d’une remise gracieuse des pénalités ?
Pour les pénalités ? A la différence de ce qui est admis pour l’impôt lui-même, la remise des pénalités, majorations et même intérêts de retard est toujours possible, quels que soient l’impôt ou la taxe qui s’y rapporte.
Une remise ou une transaction ? On parlera de remise, dans tous les cas où ces pénalités et les impositions qu'elles concernent sont devenues définitives, et de transaction, lorsque celles-ci et, le cas échéant, les impositions principales y afférant ne sont pas définitives. Une pénalité sera définitive lorsque les délais de réclamation ou de recours sont expirés ou encore lorsqu'une décision de justice irrévocable est intervenue.
Dans tous les cas, argumentez votre demande. Sachez que l’administration examinera avec précision votre demande : elle analysera les circonstances particulières à l'infraction sanctionnée, les raisons pour lesquelles les amendes ou majorations ont été appliquées, la gravité et l‘importance du préjudice causé au Trésor, tous les éléments permettant d'apprécier la réalité et l'étendue de votre responsabilité dans l'infraction sanctionnée, votre bonne volonté et sincérité du point de vue fiscal, vos antécédents contentieux, vos possibilités réelles de paiement et les éventuelles difficultés rencontrées sur le plan économique, etc. Votre demande doit donc être argumentée et étayée à la lumière de ces modalités d’examen.
Sinon… Faute d’arguments suffisants, votre demande risque d’être rejetée par l’administration qui n’a pas, en outre, à motiver sa réponse. C’est ce qu’a rappelé le juge dans une affaire dans laquelle une société faisait état de sa seule bonne volonté à payer les redressements pour étayer une demande de remise gracieuse qui a finalement été rejetée.
Solliciter une remise : comment faire ?
En pratique. Faites votre demande par écrit, en ayant soin de préciser la nature et le montant des impôts et pénalités dont vous sollicitez la remise gracieuse (pensez à joindre une copie de l’avis d’imposition ou de l’avis de mise en recouvrement correspondant), et motivez votre demande en présentant tous les arguments utiles à la défense de votre demande.
Un délai à respecter ? Vous n’êtes astreint à aucun délai pour faire cette demande. Cela étant, il n’est évidemment pas nécessaire de trop tarder, surtout si l’entreprise connaît des difficultés financières. Sachez toutefois que la demande de remise gracieuse ne suspend, en principe, pas le recouvrement de l’impôt ou de la pénalité concerné(e). Contactez votre service des impôts des entreprises pour solliciter, le cas échéant, des délais de paiement en lui précisant qu’une demande de remise lui a été adressée.
La réponse de l’administration. Suite à votre demande, 3 situations peuvent se présenter :
- soit elle rejette purement et simplement votre demande, étant précisé qu’elle n’est pas tenue de motiver sa réponse (les juges ont précisé qu’aucune autre disposition législative ou réglementaire n'impose à l'administration fiscale de motiver les décisions par lesquelles elle rejette une demande de remise gracieuse) ;
- soit elle vous accorde une remise, totale ou partielle (cette décision peut être assortie de conditions, auquel cas il vous appartient de tenir les engagements dont l'exécution conditionnait la remise) ;
- soit, en présence de pénalités non définitives, elle ouvre la voie à une transaction : dans ce cas, il vous sera notifié une proposition de transaction à propos de laquelle vous aurez 30 jours de délai pour faire connaître votre acceptation ou votre refus (notez qu’une transaction suppose que vous ne pourrez plus adresser de réclamation contentieuse, ni saisir le juge de l’impôt) ; une transaction ne sera définitive qu’à condition que vous en acceptiez les termes et que vous l’exécutiez effectivement.
À noter. Une décision de l’administration refusant une remise gracieuse ne peut être annulée par le juge que si elle est entachée d’incompétence, d’erreur de droit, d’erreur de fait, d’erreur manifeste d’appréciation.
À retenir
Vous ne pouvez solliciter une remise gracieuse qu’en matière d’impôts directs (impôt sur les bénéfices par exemple). Ce ne sera pas possible en matière de droits d’enregistrement ou de TVA. Pour les pénalités et l’intérêt de retard, par contre, une telle demande sera possible, quel que soit l’impôt qui s’y rapporte.
Soyez précis dans votre argumentation, en insistant sur les difficultés rencontrées par l’entreprise pour se libérer de sa dette fiscale.
J'ai entendu dire
L’administration est-elle tenue de respecter un délai pour répondre à une demande de remise gracieuse ?En pratique, non. Si l’administration n’a, d’ailleurs, pas répondu dans les deux mois, vous pouvez considérer que votre demande est implicitement rejetée. Ce délai de 2 mois est porté à 4 mois lorsque la complexité de la demande le justifie et à la condition que l’administration vous en ait informé.
J’ai entendu dire qu’en matière d’impôts locaux (taxe foncière, taxe d’habitation, etc.) les demandes de remise gracieuse devaient être transmises au maire de la commune pour avis préalable. Vrai ou faux ?
C’est vrai. Pourtant, bien qu’instituée en 1981, cette procédure n’est jamais mise en œuvre. Le Gouvernement prévoit donc de la supprimer prochainement. A toutes fins utiles, les maires qui souhaiteront obtenir des éléments statistiques sur les remises gracieuses et les délais de paiement accordés dans leur commune pourront directement s’adresser aux services de la direction générale des Finances publiques.
- Articles L 247 et L 251 du Livre des procédures fiscales
- BOFiP-Impôts-BOI-CTX-GCX
- Arrêt du Conseil d’État du 8 octobre 1993, no 118827 (motivation de la décision)
- Décret no 2001-907 du 3 octobre 2001 pris pour l'application au ministère de l'économie, des finances et de l'industrie de l'article 21 de la loi no 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations
- Réponse ministérielle Lefait, Assemblée Nationale, no 68230 du 11 août 2015 (remise pénalité de 10 % et échelonnement du paiement de l’IR en cas de baisse brutale des revenus)
- Arrêt du Conseil d’État du 24 juin 2015, no 368593 (remise gracieuse refusée pour des droits d’enregistrement)
- Arrêt du Conseil d’État du 30 décembre 2015, no 368744 (rejet demande de remise gracieuse faute d’arguments suffisants)
- Arrêt du Conseil d’État du 16 octobre 2017, no 398387 (rejet d’une demande de remise gracieuse faute d’arguments suffisants)
- Loi de finances pour 2019 du 28 décembre 2018, no 2018-1317 (article 132)
- Arrêt du Conseil d’État du 7 mars 2019, no 419907 (demande de remise gracieuse et insolvabilité organisée)
- Réponse ministérielle Maurey du 3 octobre 2019, Sénat, no 03789 (demande de remise gracieuse en matière d’impôts locaux et procédure d’avis préalable du maire)
- Arrêt du Conseil d’État du 18 avril 2023, no 461482 (cas d’annulation d’un refus de remise gracieuse)
Réclamation fiscale : un délai à respecter impérativement !
Réclamer contre un impôt ou une taxe : vous avez, en principe, 3 ans
Un délai « général ». Pour que votre réclamation soit valable, vous devez agir avant l'expiration d'un certain délai. Par principe, ce délai expire le 31 décembre de la seconde année qui suit celle (délai dit « général ») :
- de la mise en recouvrement du rôle (pour l'impôt sur le revenu par exemple) ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement (pour la TVA ou l'impôt sur les sociétés par exemple) ;
- le cas échéant, du versement de l'impôt (lorsque ce dernier n'a pas donné lieu à un avis de mise en recouvrement) ;
- de la réalisation de l'évènement qui motive votre réclamation (ce peut être, par exemple, une décision de justice qui modifie rétroactivement votre situation fiscale dans un sens plus favorable).
Concrètement. Après le 31 décembre 2022, vous ne pourrez plus contester le montant de l’impôt sur le revenu ou sur les sociétés payé en 2020(et lié au bénéfice réalisé au titre de l’exercice 2019). De même, vous aurez jusqu’au 31 décembre 2022 pour effectuer une réclamation fiscale à propos de votre impôt sur le revenu 2019 mis en recouvrement en 2020.
Sauf pour les impôts locaux. Si vous contestez votre taxe foncière ou la contribution économique territoriale (dont les composantes sont la cotisation foncière des entreprises et la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises), vous devez adresser votre réclamation à l'administration au plus tard le 31 décembre de l'année qui suit celle de la mise en recouvrement du rôle.
Concrètement. Si vous voulez contester le montant de votre cotisation foncière des entreprises, de votre cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, ou encore de votre taxe foncière, établies au titre de 2022, vous avez jusqu’au 31 décembre 2023 pour agir.
Le saviez-vous ?
Pour autant que le délai n’a pas expiré, vous avez la possibilité de renouveler, le cas échéant, une réclamation qui aurait déjà été rejetée par l’administration fiscale.
Comment apprécier et décompter des délais ?
Un délai à respecter impérativement. Si votre réclamation est faite alors que le délai est expiré, elle sera déclarée irrecevable : vous n’aurez plus aucun moyen de contester votre imposition. Il en sera de même si vous envoyez votre réclamation prématurément (avant la notification de l’avis de mise en recouvrement par exemple). Toutefois, dans cette hypothèse, vous pourrez réitérer votre réclamation une fois que les conditions pour le faire seront réunies (pour autant qu’elle soit faite, bien entendu, avant l’expiration du délai qui vous est donné pour agir).
Le point de départ. Vous ne pourrez pas exercer votre réclamation avant d’avoir pu justifier effectivement de l’existence de la dette fiscale que vous contestez. A l’appui de votre réclamation, vous devrez donc joindre l’avis d’imposition ou de mise en recouvrement contesté, la justification de la date de paiement de l’impôt (dans l’hypothèse où il a été versé spontanément), ou justifier de l’évènement qui motive effectivement votre réclamation.
Le point d’arrivée. La date à retenir pour apprécier la recevabilité de votre réclamation est celle de son envoi, le cachet de La Poste faisant foi. Alors que, par principe, le délai n’est pas prorogeable, l’administration admet que si le dernier jour du délai est un dimanche ou un jour férié, compte tenu de la fermeture des bureaux, la réclamation reste recevable si elle est envoyée au service des impôts le 1er jour ouvrable qui suit.
Le saviez-vous ?
Notez qu’une réclamation postée avant la date d’expiration du délai de réclamation est recevable, même si l’administration reçoit votre courrier après cette date, le cachet de la Poste faisant foi.
Si le complément d’impôt fait suite à une rectification fiscale
Vous avez fait l’objet d’une vérification… Votre entreprise a fait l’objet d’une vérification de comptabilité et, à son issue, le vérificateur met à votre charge des compléments d’impôt sur les sociétés, de contribution économique territoriale, ou encore de TVA. Vous contestez cette rectification fiscale et présentez, à cet effet, des observations suite à la notification que le vérificateur a remis à l’entreprise.
Malgré vos observations, l’administration maintient sa position. Elle confirme les redressements et vous envoie des avis d’imposition complémentaires. Toutefois, compte tenu de la durée de la procédure (durée de la vérification, délai pris par le vérificateur pour notifier les rectifications instruction de vos observations, etc.), vous vous rendez compte que le délai pour réclamer a expiré. Cela veut-il dire que vous ne pourrez pas contester ces impositions complémentaires ?
Un délai spécial dans cette hypothèse. Soyez rassuré, il existe un délai spécial dans ce cas. Vous avez jusqu’au 31 décembre de la 3ème année qui suit celle de la notification de la proposition de rectifications ou de la notification des bases arrêtées d'office par l'administration fiscale pour contester ces impositions complémentaires.
Attention. Ce délai spécial vous permet non seulement de contester les impositions complémentaires établies à la suite d'une proposition de rectification, mais également les impositions primitives concernées par ce contrôle.
Le saviez-vous ?
Si vous envisagez de contester une décision de l’administration, vous devrez commencer par déposer une réclamation préalable avant de pouvoir saisir un juge. En principe, le délai de réclamation doit vous être notifié par l’administration.
Si l’administration ne vous notifie pas le délai de recours, vous ne pourrez pas pour autant contester à n’importe quel moment.
Le juge a récemment été saisi d’une affaire dans laquelle un couple a contesté un avis d’imposition 22 ans après sa notification. Il est venu rappeler l’existence du principe de sécurité juridique et donc le principe selon lequel, à défaut de mention expresse d’un délai de recours, la contestation devait être déposée dans un délai raisonnable fixé à 1 an.
A retenir
Vous ne disposez pas d’un temps indéfini pour contester une imposition ou une taxe. D’une manière générale, vous devez agir avant le 31 décembre de la 2ème année qui suit celle au titre de laquelle l’impôt ou la taxe est acquitté(e). Pour la contribution économique territoriale, le délai est plus court puisqu’il prend fin le 31 décembre de l’année qui suit celle de l’imposition.
Respectez ces délais sous peine de voir votre réclamation déclarée irrecevable
J'ai entendu dire
Je viens de faire une réclamation mais je me suis rendu compte que je l’ai adressé au mauvais service. Or, le délai pour réclamer vient d’expirer. Ma réclamation sera-t-elle déclarée irrecevable ?L’administration s’est positionnée sur cette question et considère, d’une manière générale, qu’il ne faut pas considérer comme irrecevables les réclamations envoyées à un service des finances publiques autre que celui chargé d'asseoir ou de recouvrer l'impôt contesté, bien qu'elles n'aient pas été adressées au service des finances publiques compétent pour les recevoir. Par conséquent, la recevabilité de votre réclamation au regard des délais de présentation doit être appréciée en fonction de la date d'envoi des demandes au premier service.
- Article L 286 du Livre des Procédures Fiscales (date limite pour le dépôt de la réclamation)
- Articles R 196-1 et suivants du Livre des Procédures Fiscales (délais de réclamation)
- Arrêt du Conseil d’Etat du 30 décembre 2011, n° 336602 (date d’envoi de la réclamation)
- Arrêt du Conseil d’Etat du 9 avril 2014, n° 367423 (réclamation tardive irrecevable)
- Arrêt du Conseil d’Etat du 19 septembre 2014, n° 370173 (délai réclamation taxe sur les salaires)
- Arrêt du Conseil d’Etat du 28 décembre 2016, n° 389954 (délai de reprise spécial suite à rectification fiscale)
- Arrêt du Conseil d’Etat du 31 mars 2017 n°389842 (délai raisonnable pour déposer une réclamation)
- BOFiP-Impôts-BOI-CTX-PREA-10-20, 10-30 et 10-40
- Ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période
- BOFiP-Impôts-BOI-DJC-COVID19-10 et suivants
- Arrêt du Conseil d’Etat du 21 juin 2022, n° 443433 (point de départ du délai de réclamation)
- Arrêt du Conseil d'État du 22 juillet 2022, n° 451206 (délai de réclamation en cas d’activité occulte)
- Arrêt du Conseil d'État du 23 septembre 2022, n° 458597 (fin du délai de réclamation)
Régulariser spontanément un redressement fiscal : quel intérêt ?
Régularisation spontanée d’un redressement fiscal : un intérêt
Un redressement fiscal… Une possibilité est offerte aux chefs d’entreprise qui subissent un contrôle fiscal à titre personnel ou professionnel : régulariser spontanément les erreurs relevées par le vérificateur sur lesquelles il va s’appuyer pour rectifier les impôts et taxes dus par l’entreprise.
… régularisé spontanément. Il s’agit, en pratique, de corriger et de régulariser, sur le plan comptable et fiscal, les erreurs, inexactitudes, omissions ou insuffisances relevées au cours du contrôle par le vérificateur ; et ce, avant que ce dernier ne vous envoie une notification de redressement.
Pourquoi ? Régulariser spontanément des erreurs et en tirer toutes les conséquences fiscales n’empêchera pas le vérificateur de rectifier à la hausse les impôts supplémentaires consécutifs aux erreurs ou omissions constatées. Mais vous pouvez y trouver un avantage financier…
Un intérêt de retard… Comme vous le savez, les impôts supplémentaires mis en recouvrement par l’administration à l’issue d’un contrôle fiscal sont assortis d’un intérêt de retard. Cet intérêt de retard est calculé sur la base des impôts rectifiés en y appliquant le taux de 0,20 % par mois de retard (soit 2,40 % par an).
… réduit. Si vous demandez à régulariser spontanément la situation fiscale de votre entreprise en cours de contrôle, le montant des intérêts de retard sera alors réduit à 70 % de son montant : il passe alors de 0,20 % à 0,14 % par mois de retard. Ce qui, compte tenu du montant des rectifications fiscales envisagées, peut s’avérer parfois particulièrement avantageux.
Sous conditions… Bien entendu, le bénéfice de cette garantie suppose de respecter certaines conditions :
- vous devez être de bonne foi : si l’administration suspecte que vous avez commis sciemment, en toute connaissance de cause, des erreurs qui ont permis d’optimiser frauduleusement la situation fiscale de votre entreprise ou votre situation personnelle (autrement dit, si elle suspecte que vous êtes de mauvaise foi), vous ne pourrez pas procéder à une telle régularisation spontanée ;
- la régularisation ne peut concerner, d’une part, que les impôts visés par l’avis de vérification qui vous a été remis préalablement au contrôle, et, d’autre part, que les erreurs, inexactitudes, omissions ou insuffisances relevées pendant le contrôle par le vérificateur ;
- enfin, cette régularisation ne peut concerner que les erreurs, inexactitudes, omissions ou insuffisances constatées sur des déclarations fiscales souscrites dans les délais.
Régularisation spontanée d’un redressement fiscal : une procédure à respecter
Qui peut bénéficier de cet avantage ? Toutes les entreprises, quels que soient leur régime fiscal, leur taille, leur forme, leur activité peuvent bénéficier de cette procédure de régularisation spontanée, pour autant qu’elles fassent l’objet d’une « vérification de comptabilité » (générale ou ciblée), c’est-à-dire, en pratique, d’un contrôle fiscal sur place.
Mais aussi. Depuis le 11 août 2018, cet avantage s’applique aussi aux particuliers qui régularisent spontanément leur situation dans le cadre d’un examen de leur situation fiscale personnelle ou d’un contrôle sur pièces. Pour régulariser sa situation, le contribuable doit faire une demande écrite, datée et signée, auprès du contrôleur en s’engageant à régulariser sa situation dans les 30 jours. Cette demande peut être effectuée au cours du débat oral et contradictoire, avant tout envoi d’une proposition de rectification.
Comment ? En pratique, d’une manière générale le vérificateur vous informe oralement au cours du contrôle des erreurs, inexactitudes ou omissions qu’il relève ; et c’est à cette occasion que vous allez pouvoir décider de procéder à une régularisation spontanée de ces erreurs (en y associant idéalement votre conseil qui pourra vous conseiller sur ce point).
Une demande expresse. Cette procédure suppose que vous fassiez une demande expresse de régularisation auprès du vérificateur en charge du contrôle de votre entreprise. Vous devez, à cette fin, utiliser un formulaire (imprimé 3964-EC) en y indiquant la nature des opérations concernées et la ou les périodes correspondantes. Il est impératif que cette demande soit faite au cours des opérations de vérification, la date retenue de votre demande correspondant à celle où elle est remise au vérificateur (date de réception en cas d’envoi par courrier).
Une réponse. Le vérificateur va se prononcer sur votre demande :
- soit il la rejette, estimant que les conditions requises ne sont pas réunies. Le vérificateur est tenu de motiver son choix. Une attestation de rejet est alors remise ;
- soit il suspend sa réponse, estimant que ses investigations n’ont pas encore été suffisamment poussées pour se prononcer avec certitude sur l’application possible ou non de cette procédure ;
- soit il accepte votre demande : il complète alors une déclaration complémentaire de régularisation (DCR) en déterminant le montant des impôts et taxes complémentaires dus et le montant des intérêts de retard dus, calculés au taux réduit ; pour matérialiser votre accord, vous devez signer cette DCR dans les 30 jours de votre demande.
Une régularisation. En signant la DCR, vous vous engagez à payer l’intégralité des impôts, taxes et intérêts de retard dus dans les 30 jours de la demande (pour les impôts perçus par avis de mise en recouvrement) ou à la date limite portée sur l’avis d’imposition (pour les impôts perçus par voie de rôle).
Le saviez-vous ?
Si vous ne payez pas dans les délais requis ou si vous ne versez qu’un acompte, vous perdez le bénéfice de l’intérêt de retard réduit pour l’ensemble des impôts et taxes complémentaires dus et concernés par cette régularisation spontanée, sauf à ce que le comptable public vous accorde le bénéfice d’un plan de règlement (paiement échelonné).
A noter. Les régularisations spontanées recensées dans la DCR signée par vous sont ensuite indiquées dans une annexe à la proposition de rectifications fiscales.
A retenir
En procédant, en cours de contrôle fiscal, à la régularisation spontanée des erreurs, inexactitudes, omissions ou insuffisances commises, vous ne paierez qu’un intérêt de retard réduit (calculé au taux de 0,14 % au lieu de 0,20 % par mois de retard).
J'ai entendu dire
Comment articuler la régularisation spontanée et l’application éventuelle de la tolérance légale qui permet d’éviter le paiement des intérêts de retard en cas de rehaussement limité ?Comme le précise la doctrine administrative, pour l’application de la tolérance légale en cas de mise en œuvre de la procédure de régularisation, il est fait masse des régularisations et des rectifications pour apprécier la limite du 1/20ème. Si des régularisations ont été effectuées et acquittées en cours de contrôle alors que la limite du 1/20ème n’est, au final, pas atteinte, l’intérêt de retard au taux réduit acquitté à tort fait l’objet d’un dégrèvement d’office.
- Article L 62 du Livre des procédures fiscales
- BOFIP-Impôts-BOI-CF-IOR-20
- Loi de finances rectificative pour 2017 du 28 décembre 2017 n°2017-1775 (article 55)
- Loi n°2018-727 du 10 août 2018 pour un Etat au service d’une société de confiance (dite Loi Essoc), article 9 : abattement de 30 % sur les intérêts de retard applicable en cas de contrôle fiscal personnel
Rescrit fiscal : faut-il demander l’avis de l’administration ?
Solliciter un rescrit fiscal : quel intérêt ?
Rescrit fiscal : de quoi s’agit-il ? Il s’agit, en pratique, d’une réponse donnée par écrit par le service des impôts des entreprises à une question posée par une entreprise. En clair, vous interrogez l’administration fiscale sur une problématique que rencontre votre entreprise au regard d’un impôt ou d’une taxe, à charge pour l’administration de vous apporter une réponse.
Pour quoi ? Cela n’aura échappé à personne : les règles fiscales, notamment celles applicables à l’entreprise, sont d’une rare complexité ; et n’en déplaise à nos gouvernants, la tendance ne va pas à la simplification ! Il peut donc être intéressant, pour vous, de solliciter l’avis de l’administration fiscale sur la situation de l’entreprise, quels que soient l’impôt et/ou la taxe dont elle est redevable : vous pourrez ainsi être rassuré quant à une application correcte de la règlementation fiscale par votre entreprise.
Exemple. Vous vous interrogez sur l’application du taux de TVA et notamment sur l’application du taux réduit à vos opérations… Vous vous interrogez sur la comptabilisation et la déduction fiscale d’une charge… Bien qu’il vous semble que vous puissiez bénéficier de la réduction d’impôt au titre du mécénat, vous vous demandez toutefois si le versement que vous avez effectué ne sera pas remis en cause… Voilà autant de situations qui peuvent motiver une demande auprès de l’administration.
Pourquoi ? L’intérêt du rescrit fiscal réside dans le fait que la réponse de l’administration fiscale l’engage : concrètement, une fois qu’elle a apporté une réponse à votre question (on dit qu’elle a pris formellement position sur la situation que vous lui avez exposée), elle ne pourra pas procéder à l’avenir à une rectification fiscale qu’elle fonderait sur une appréciation différente. En clair, vous ne risquez pas de redressement fiscal à l’avenir… pour autant que toutes les conditions d’application du rescrit fiscal soient respectées.
Faut-il le faire ? Voilà une question que l’on se pose légitimement : faut-il demander l’avis de l’administration fiscale lorsqu’on a un doute sur l’application de la règlementation fiscale dans l’entreprise ? Le problème, c’est que la réponse peut être autant positive que négative :
- pour une réponse positive, retenons l’avantage que vous retirerez à opposer à l’administration le contenu de sa réponse : vous bénéficiez d’une garantie « anti-rectifications fiscales » ;
- pour une réponse négative, retenons que, pour que le rescrit fiscal produise tous ses effets, vous devrez fournir des informations précises, ce qui suppose une transparence totale de votre part, transparence qui suscite toujours quelques réticences, surtout lorsqu’on a affaire avec l’administration fiscale.
N’y allez pas seul ! Solliciter un rescrit peut conduire à un effet boomerang inattendu : il ne s’agit pas de fournir à l’administration des informations qui pourraient mettre en évidence des insuffisances, des inexactitudes ou des omissions, sources possibles de rectifications fiscales. Avant d’entamer une démarche de ce type, assurez-vous que la situation fiscale de votre entreprise n’est pas susceptible d’être remise en cause. Voilà pourquoi le recours aux services de votre conseil habituel sur ce point n’est peut-être pas à négliger.
Le saviez-vous ?
Dans certaines hypothèses, vous devrez recourir à des procédures de rescrits répondant à des conditions d’application particulières. Ce sera le cas si vous sollicitez un « rescrit valeur » (qui permet d’obtenir un avis sur la valorisation de l’entreprise dans le cadre d’une opération de transmission) ou un « rescrit abus de droit » (qui vous permet de vous prémunir contre les conséquences d’un abus de droit fiscal).
Il existe également la procédure des « accords implicites », qui s’applique aux demandes relatives à certains régimes d’amortissements exceptionnels, aux demandes portant sur les dispositifs d’allègement d’impôt sur les bénéfices (pôles de compétitivité, régime des entreprises nouvelles, des jeunes entreprises innovantes, etc.), aux demandes en matière de crédit d’impôt recherche, ou encore aux demandes permettant de qualifier, sur le plan fiscal, une activité professionnelle pour apprécier la règlementation qui lui est applicable.
A noter. Depuis le 7 juin 2018, la documentation administrative, déjà conséquente, s’est enrichie de par la création d’une nouvelle section dans le BOFiP (Bulletin Officiel des Finances Publiques), section qui est réservée aux rescrits ayant une portée générale. N’hésitez pas à aller consulter cette section pour vérifier si la question que vous vous posez n’a pas déjà été soumise à l’administration.
Solliciter un rescrit fiscal : quelles conditions ?
Une demande de votre part. Solliciter un rescrit auprès de l’administration fiscale suppose que vous fassiez une demande écrite, sur papier libre, demande qui devra respecter un contenu précis : lequel ?
Une demande nominative. Pour espérer obtenir une réponse de la part de l’administration fiscale, vous devrez mentionner toutes les coordonnées de l’entreprise : une demande qui ne serait pas nominative ne sera évidemment pas prise en compte.
Un contenu précis et détaillé. Pour que l’administration fiscale puisse se prononcer en toute connaissance de cause, vous aurez soin, dans votre demande, de faire une présentation précise, complète, détaillée et sincère de la situation qui motive votre demande et d’expliciter l’analyse que vous en faites. Vous devrez, en outre, préciser le texte fiscal sur la base duquel vous saisissez l’administration pour qu’elle prenne utilement position.
Exemple. Un chirurgien-dentiste s’est vu refuser le bénéfice de l’exonération d’impôt liée à son implantation en ZAFR. S’il a bien obtenu l’agrément préalable de l’administration, celle-ci ne s’est pas trouvée liée par sa prise de position au moment du contrôle fiscal : la demande du chirurgien n’était pas suffisamment précise et n’a pas permis à l’administration de se prononcer en toute connaissance de cause. Le professionnel n’avait pas précisé dans sa demande la date de création de l’entreprise, la date de début de son activité, le fait qu’il reprenait le cabinet familial, etc.
Le saviez-vous ?
Pour conférer une date certaine à votre demande, adressez-là à votre service des impôts des entreprises sous pli recommandé avec accusé réception. Vous pouvez aussi opter pour une remise en mains propres contre décharge.
Pour information. Si elle estime que votre demande est incomplète, l’administration doit vous adresser, par lettre recommandée avec avis de réception, un courrier sollicitant les renseignements complémentaires nécessaires à l’étude de votre dossier.
A noter. La garantie ne vaut que si l’administration est sollicitée et se prononce sur des demandes se rapportant à la base de calcul d’un impôt ou d’une taxe, au taux, à la liquidation de l'impôt ou aux règles de prescription. Elle ne s’applique pas aux demandes portant sur la procédure d’imposition, le recouvrement de l’impôt, les pénalités, la procédure contentieuse, ou encore sur les obligations comptables.
Solliciter un rescrit fiscal : quelles conséquences ?
3 mois pour répondre. L’administration fiscale dispose d’un délai de 3 mois pour vous répondre : seule une réponse expresse l’engagera, ce qui suppose qu’elle prenne position par écrit. Pour que sa réponse l’engage effectivement, il faut qu’elle apporte son appréciation sur la situation que vous lui avez exposée au regard d’un texte fiscal, en vous livrant un avis juridique à partir des éléments que vous aurez portés à sa connaissance.
Exemples. L’administration émet un avis qui l’engage lorsqu’elle s’est par exemple expressément prononcée sur la validité d’une déduction fiscale d’une provision ou sur le taux d’amortissement retenu par l’entreprise. Inversement, l'administration ne se livre pas à l'appréciation d'une situation de fait en remboursant un crédit de TVA : elle n’est donc pas engagée par le remboursement réalisé, remboursement qui pourra être remis en cause a posteriori lors d’un contrôle de la TVA due par l’entreprise.
Le saviez-vous ?
La prise de position de l’administration doit vous concerner directement, vous et/ou votre entreprise. Vous ne pourrez pas vous prévaloir de l’appréciation qu’aura portée l’administration sur la situation d’autres personnes (sauf dans l’hypothèse où vous auriez participé à l’acte ou à l’opération qui a justifié la demande de rescrit).
Une réponse dont vous pourrez vous prévaloir. Dès lors que l’administration a pris formellement position sur la situation que vous lui avez exposée, elle ne pourra pas changer d’interprétation lors d’un contrôle ultérieur : elle devra se conformer à sa propre réponse. Vous ne risquez donc pas de subir un redressement fiscal sur ce point, à l’avenir, sous réserve de quelques nuances qu’il est important de préciser.
Mais attention. Pour que vous puissiez utilement opposer la réponse de l’administration, il faut que soient réunis les critères suivants :
- vous devez être de bonne foi, c’est-à-dire que vous devez avoir fourni à l’administration tous les éléments lui permettant de se prononcer en connaissance de cause ;
- la situation examinée lors d’un contrôle ultérieur est strictement identique à celle sur laquelle l’administration avait pris position ;
- vous avez respecté à la lettre la solution et les éventuelles recommandations formulées par l’administration dans sa réponse écrite ;
- enfin, la garantie ne peut faire échec qu'aux compléments d'imposition venant s'ajouter aux impositions initiales précédemment mises en recouvrement.
Le saviez-vous ?
La prise de position de l’administration, dont vous pouvez vous prévaloir pour faire échec à une imposition supplémentaire, suppose qu’elle ait été exprimée antérieurement à la date d’expiration du délai de déclaration ou, en l’absence d’obligation déclarative, avant la date de mise en recouvrement de l’imposition initiale.
Attention aux changements ! La garantie qui vous protège contre un redressement fiscal futur cessera de s’appliquer si :
- votre situation n’est plus identique à celle que vous avez présentée dans votre demande ;
- la règlementation fiscale applicable à votre situation a évolué, soit du fait d’un changement intervenu dans la législation, soit du fait d’un changement intervenu dans la doctrine administrative ou dans la jurisprudence ;
- si l’administration elle-même modifie son appréciation sur la situation que vous lui avez présentée : dans cette hypothèse, son ancienne appréciation ne sera caduque que si elle vous a avisé de ce changement, qui ne vaut, en outre, que pour l’avenir.
A retenir
En répondant à une demande de rescrit, l’administration fiscale ne pourra pas procéder à un rehaussement d'imposition qu’elle motiverait sur une appréciation différente de celle qu’elle a apportée dans le cadre de sa réponse. Cela suppose, toutefois, que vous soyez de bonne foi, que la situation évoquée auprès de l’administration n’ait pas évoluée, et que vous respectiez la solution et les éventuelles recommandations formulées par l’administration dans sa réponse.
J'ai entendu dire
Que peut-on faire si la réponse de l’administration fiscale ne nous satisfait pas : peut-on faire appel de cette décision ?Si la réponse de l’administration fiscale ne vous satisfait pas, vous avez la possibilité de solliciter un nouvel examen de votre demande initiale (vous avez deux mois, à compter de la réception de la réponse de l’administration à votre demande initiale pour solliciter ce deuxième avis). Dans le cadre de cette seconde demande, vous avez la possibilité d’être entendu par les services de l’administration fiscale. Vous pouvez également passer outre l’avis de l’administration, mais ce n’est pas nécessairement recommandé : vous prenez le risque de faire l’objet d’un rehaussement en cas de contrôle.
- Articles L 80 B et L 80 CB du Livre des procédures fiscales
- Articles R 80 B-11 à R 80 B-14 du Livre des procédures fiscales
- BOFiP-Impôts-BOI-SJ-RES-10-20-10
- BOFiP-Impôts-BOI-RES
- www.impots.gouv.fr
- Arrêt du Conseil d’État du 28 janvier 2015, n° 370455 (condition d’antériorité du rescrit)
- Arrêt de la cour administrative d’appel de Nancy du 23 novembre 2017, n°15NC02415 (implantation en ZAFR et demande d’agrément préalable imprécise)
- Ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période
- BOFiP-Impôts-BOI-DJC-COVID19-10 et suivants
- Arrêt de la cour administrative d’appel de Marseille du 30 mars 2023, no 20MA02972 (rescrit ZFU : demande de rescrit après le début de l’activité en zone)
Fin du contrôle fiscal de l’entreprise : serez-vous définitivement tranquille ?
Un principe : le non-renouvellement de la vérification de comptabilité
Si le vérificateur passe outre cette interdiction. La sanction sera immédiate : la deuxième vérification sera irrégulière. Conséquence : les éventuelles impositions complémentaires que le vérificateur pourrait mettre à la charge de l’entreprise à la suite de cette seconde vérification seront annulées.
Des conditions strictes à respecter. Si la règle semble simple et claire, elle mérite toutefois d’être un peu explicitée pour en apprécier les contours, afin de valider concrètement dans quelles hypothèses vous pourriez vous en prévaloir.
Comment apprécier cette interdiction ?
1ère condition. Vous devez avoir à faire à une vérification de comptabilité, c’est-à-dire à un examen sur place des documents comptables et fiscaux de l’entreprise, ou à un contrôle à distance de votre comptabilité tenue au moyen de systèmes informatisés.
Concrètement… Un vérificateur qui enclenche une vérification de comptabilité après un simple contrôle sur pièces des documents de l’entreprise, opéré dans ses bureaux, ne tombe pas sous le coup de cette interdiction (sauf en cas de contrôle à distance de votre comptabilité tenue au moyen de systèmes informatisés) : le premier contrôle ne constitue pas une « vérification de comptabilité » (l’inverse est aussi vrai puisque le juge a précisé que cette règle n’empêche pas l’administration, dans le cadre d’un contrôle sur pièces, de modifier des redressements déjà notifiés à la suite d’une vérification de comptabilité). De la même manière, une vérification de comptabilité de l’entreprise qui fait suite à un examen de la situation fiscale personnelle du dirigeant ne sera pas irrégulière : là encore, le premier contrôle ne constitue pas une « vérification de comptabilité ».
2ème condition. Pour que l’on considère qu’il y a un « renouvellement » de vérification de comptabilité, il faut que la première vérification soit considérée comme achevée.
Concrètement… Pour l’administration, une vérification de comptabilité est achevée à la date de la dernière intervention du vérificateur dans l’entreprise, lorsqu’il annonce la fin des opérations de contrôle. Notez avec précision la date de cette dernière intervention. Les juges, de leur côté, considèrent qu’une vérification de comptabilité est achevée à la date à laquelle l'administration vous indique avoir terminé les opérations de contrôle et, au plus tard, à la date à laquelle celle-ci vous adresse, selon le cas, un avis d'absence de rectification ou une notification de redressement. Notez, toutefois, qu’une notification de redressement envoyée à titre conservatoire (pour une seule des années vérifiées, par exemple, pour éviter de tomber sous le coup d’une prescription) ne marque pas l’achèvement du contrôle.
3ème condition. La seconde vérification doit porter sur les mêmes impôts ou taxes et sur les mêmes périodes que la première vérification.
Concrètement… Le vérificateur pourra, par exemple, procéder à un contrôle sur place de la TVA due par l’entreprise sur les exercices 2018 et 2019, puis, au cours d’une seconde vérification, contrôler, pour les mêmes exercices, l’impôt sur les sociétés. Ce qu’il ne pourra pas faire, à l’inverse, sera de contrôler, sur les exercices 2018 et 2019, à la fois la TVA et l’IS dus par l’entreprise, puis, une fois ce contrôle effectivement achevé, revenir pour procéder à un contrôle supplémentaire de ces mêmes impôts au titre des mêmes exercices.
A tout principe, ses exceptions !
Un contrôle limité à certaines opérations. Le cas de figure est le suivant : un entrepreneur exerce plusieurs activités (vendeur de matériel et conseil en agencement et optimisation des locaux professionnels). Il reçoit un avis de vérification qui va porter sur son activité de vente de matériel au titre des années 2017 à 2019. Une fois cette vérification achevée, il reçoit, quelques temps plus tard, un second avis de vérification pour son activité de conseil cette fois portant sur les années 2018 et 2019. Il constate que la vérification va porter sur les mêmes impôts (TVA et impôt sur les bénéfices) : cette seconde vérification sera-t-elle irrégulière ?
Pas d’irrégularité ! Dans cette hypothèse, ce que l’on appelle les « vérifications ponctuelles », en ce qu’elles portent sur certains points nettement précisés, ou sur une de vos activités en cas de pluralité d’activité, ne tomberont pas sous le coup du non-renouvellement de la vérification. Ainsi, rien n’empêchera un vérificateur qui a contrôlé une première fois les provisions comptabilisées par l’entreprise de revenir contrôler, pour la même période, les conditions de déduction des amortissements.
L’administration poursuit ses investigations pour répondre à vos observations. Vous avez reçu votre proposition de rectifications et, parce que vous n’acceptez les redressements envisagés, vous avez envoyé au vérificateur un certain nombre d’observations. Voilà qu’il revient dans l’entreprise pour procéder à de nouvelles recherches : il vous informe que l’examen de vos observations nécessite de procéder à une instruction approfondie. Sachez que, dans ce cas, il ne s’agira pas d’une nouvelle vérification si :
- son intervention est strictement limitée à l’examen des motifs que vous lui avez opposés dans vos observations ;
- aucune nouvelle rectification, en plus de celles déjà notifiées, ne doit être mise à la charge de l’entreprise.
Un cas spécifique en matière de TVA. Il est expressément prévu que le vérificateur puisse contrôler, en matière de TVA, la période écoulée depuis la clôture du dernier exercice jusqu’au jour de la vérification, puis, au cours d’une nouvelle vérification, reprendre le contrôle de cette même période avec l’exercice auquel elle se rattache.
Autre exception en matière d’intégration fiscale. Il est prévu, en cas d’intégration fiscale, que les vérifications de comptabilité sont réalisées au niveau des sociétés membres du groupe. Toutefois, pour tirer les conséquences de ces contrôles sur le résultat d’ensemble, l’administration fiscale est autorisée à soumettre la société mère à une seconde vérification de comptabilité.
D’autres dérogations. Enfin, il faut signaler que le principe de non-renouvellement de la vérification connaît des dérogations spécifiques :
- en cas d’agissements frauduleux,
- en cas d’ouverture d’une enquête judiciaire pour fraude fiscale,
- en cas de procédure de flagrance fiscale,
- en cas de mise en œuvre de l’assistance administrative internationale.
A retenir
Sur le papier, le principe est clair : un vérificateur ne pourra pas revenir contrôler une deuxième fois l’entreprise pour les mêmes impôts et taxes sur la même période.
Mais cela suppose toutefois que la première vérification de comptabilité soit effectivement achevée et que la seconde vérification porte effectivement sur les mêmes impôts et la même période.
J'ai entendu dire
Il me semblait que, dans le cadre des groupes de sociétés, l’administration avait la possibilité de renouveler ses contrôles. Pourriez-vous évoquer cette hypothèse ?Il s’agit ici d’un cas très particulier qui intéresse spécifiquement les sociétés qui ont formé un groupe bénéficiant du régime de l’intégration fiscale. Il est admis que l’administration puisse procéder à plusieurs contrôles de la société mère (tête de groupe) pour la même période et les mêmes impôts. Mais cette dérogation ne concerne que le contrôle des écritures nécessaires à la détermination du résultat d’ensemble, et donc, uniquement le contrôle de l’impôt sur les sociétés (à l’exclusion de toute autre impôt : TVA, droits d’enregistrement, etc.).
- Article L 51 du Livre des procédures fiscales
- BOFiP-Impôts-BOI-CF-PGR-20-40
- Loi de finances rectificative pour 2016 n° 2016-1918, article 14 (contrôle à distance des comptabilités informatisées)
- Arrêt du Conseil d’État du 4 février 2008, n° 296651 (contrôle sur pièces suite à une vérification de comptabilité)
- Arrêt du Conseil d’État du 13 juillet 2011, n° 330851 (date d’achèvement de la vérification de comptabilité)
- Arrêt du Conseil d’État du 21 mai 2014, n° 364610 (contrôle sur pièces suite à une vérification de comptabilité)
- Arrêt du Conseil d’État du 5 février 2024, no 470616 (contrôle sur pièces concomitant à une vérification de comptabilité et transaction)
Contrôle fiscal de l’entreprise : combien de temps va-t-il durer ?
Principe : la vérification de comptabilité n’est pas limitée dans le temps
Pas de limitation… Par principe, une vérification de comptabilité n’est pas limitée dans le temps, de sorte que le vérificateur peut, en théorie, poursuivre ses investigations le temps qu’il estime nécessaire.
Mais, en pratique… Compte tenu des délais impartis à l’administration pour procéder à des rectifications fiscales, le vérificateur aura l’obligation d’achever et de notifier d’éventuels redressements avant leur expiration. C’est ainsi, par exemple, qu’en matière d’impôt sur les sociétés, le droit de rectifier le montant dû par l’entreprise expire le 31 décembre de la 3ème année qui suit celle au titre de laquelle l’impôt est dû. Passé ce délai, il ne pourra plus opérer de rectifications : il a donc tout intérêt, dans le cadre de sa mission, à clôturer son contrôle à temps.
Exception : une durée limitée à 3 mois pour certaines entreprises…
Une exception qui peut vous concerner. La Loi a spécifiquement prévu un cas pour lequel la durée de la vérification sur place des entreprises commerciales, industrielles, artisanales, agricoles ou qui exercent une activité libérale ne pourra pas excéder 3 mois : si ce délai n’est pas respecté par le vérificateur, les impositions complémentaires éventuellement mises à la charge de l’entreprise sont nulles.
Qui est concerné ? Sont concernées par cette garantie les entreprises dont le chiffre d’affaires hors taxes est inférieur à (seuils applicables depuis 2023) :
-
840000 € pour les entreprises industrielles ou commerciales dont le commerce principal est de vendre des marchandises, objets, fournitures ou denrées à emporter ou à consommer sur place, ou de fournir le logement ;
-
254000 € pour les entreprises prestataires de services et les entreprises exerçant une activité non commerciale ;
- 391 000 € pour les entreprises agricoles.
Attention. La durée de la vérification peut excéder trois mois si le chiffre d’affaires d’un seul des exercices vérifiés dépasse la limite prévue.
Le saviez-vous ?
Si vous cumulez l’activité de vente de marchandise et celle de prestataire de services, vous bénéficierez de la garantie si votre chiffre d’affaires global n’excède pas 840000 € et si le chiffre d’affaires propre à l’activité de prestation de services ne dépasse pas 254000 €.
Pour toutes les entreprises ? Non ! Cette garantie ne s’applique pas aux sociétés qui exercent une activité civile de location de locaux nus, sauf si cette activité civile présente un caractère purement accessoire par rapport aux autres activités de l’entreprise. Elle ne s’applique pas non plus aux sociétés qui exercent une activité civile de gestion de portefeuille de titres (une société exerçant une activité à la fois financière et industrielle ou commerciale pouvant toutefois bénéficier de la garantie si, toutes les autres conditions étant remplies, la valeur des titres inscrits à son actif n’excède pas 7 600 000 €).
Exceptions à l’exception
Comme toujours… Rien n’est jamais simple en matière fiscale. La Loi prévoit des hypothèses dans lesquelles vous ne pourrez pas vous prévaloir de cette limitation de la durée de la vérification de comptabilité, même si vous respectez les conditions de chiffre d’affaires.
Pas de garantie, si… Tout d’abord, il est expressément prévu que l’expiration du délai de 3 mois ne pourra pas empêcher le vérificateur d’instruire vos éventuelles observations émises à la suite de la proposition de rectifications.
Pas de garantie, si… Ensuite, la Loi écarte le bénéfice de cette garantie lorsque le vérificateur apporte la preuve que la comptabilité comporte de graves irrégularités privant votre comptabilité de valeur probante. Dans ce cas, toutefois, la vérification ne doit pas durer plus de 6 mois.
Conseil. Il ne faudrait pas que, sous couvert d’un problème de respect du délai de 3 mois, le vérificateur relève de graves irrégularités pour obtenir un délai supplémentaire. Vérifiez la gravité de l’irrégularité retenue pour apprécier si elle est de nature à véritablement priver de valeur probante votre comptabilité. Une simple erreur ne constitue pas une « grave irrégularité ».
Pas de garantie, si… L’expiration du délai de 3 mois ne pourra pas empêcher le vérificateur d’examiner des comptes mixtes (comptes bancaires utilisés à la fois à des fins professionnelles et privées) dans le cadre d’un contrôle fiscal privé. De la même manière, il pourra, dans le cadre d’une autre vérification de comptabilité, examiner des comptes financiers qui seraient utilisés pour l’exercice d’activités distinctes.
Pas de garantie, si… La garantie ne s’applique pas non plus dans les hypothèses suivantes :
- pour les sociétés holdings détenant des titres de placement ou des titres de participation d’un montant au moins égal à 7 600 000 € ;
- en cas de procédure de flagrance fiscale ;
- en cas d’exercice d’une activité occulte ;
- en cas d’ouverture d’une enquête judiciaire pour fraude fiscale.
Durée de contrôle fiscal limitée à 3 mois : comment apprécier ce délai ?
Comment apprécier ce délai de 3 mois ? Le point de départ du délai correspond au jour de la 1ère intervention sur place et s’achève 3 mois plus tard. Une vérification de comptabilité est achevée le jour de la dernière intervention sur place précédant l’envoi de la proposition de rectifications fiscales (ou de l’avis d’absence de rehaussements). Ce délai de 3 mois se décompte de quantième en quantième et le point d'arrivée se situe la veille du jour portant le même quantième que le jour de la première intervention (lorsqu’il n’y a pas de quantième identique, le délai expire alors au dernier jour du mois).
Exemples. Une vérification qui débute le 16 octobre s’achèvera 3 mois plus tard le 15 janvier suivant (date de la dernière intervention possible). Lorsqu'il n'existe pas de quantième identique, le délai expire alors au dernier jour du mois : une vérification qui débute le 31 août s’achèvera 3 mois plus tard le 29 novembre suivant (date de la dernière intervention possible).
Attention. Il faut effectivement prendre en compte la date à laquelle le vérificateur intervient pour la dernière fois dans l’entreprise pour contrôler les comptes. Ce n’est donc pas, le cas échéant, la dernière visite du vérificateur au cours de laquelle il ne fait que remettre la notification de redressements par exemple.
Mais… Il faut savoir qu’une demande de documents comptables formulée par le vérificateur après sa dernière visite sur place mais avant l'envoi de la notification de redressement se rattache aux opérations de vérification de la comptabilité : si cette demande vous est adressée plus de 3 mois après le début des opérations de contrôle, ce dernier sera irrégulier. Il en sera de même si le vérificateur effectue des démarches auprès d’un tiers pour réaliser des recoupements avec la comptabilité de l’entreprise, dont il se sert pour notifier des redressements, après l’expiration du délai de 3 mois : dans une telle situation, le contrôle sera irrégulier.
Le saviez-vous ?
Si la vérification de comptabilité fait l’objet d’un report, de sorte que le début du contrôle est décalé à une date ultérieure à celle qui figure sur l’avis de vérification, le délai de 3 mois aura pour point de départ le début effectif des opérations de contrôle (à la date de la 1ère intervention sur place du vérificateur).
Une petite anecdote… Dans les derniers jours de la période de 3 mois, un chef d’entreprise sollicite un entretien avec le vérificateur pour produire de nouveaux éléments et documents comptables. Il autorise le vérificateur à emporter ces documents pour qu’il puisse en prendre connaissance. Il s’avère que le vérificateur a restitué ces documents après l’expiration du délai de 3 mois. Le chef d’entreprise soulève le problème, estimant que le vérificateur l’a privé d’une garantie à laquelle il avait droit. Le juge de l’impôt ne l’a pas entendu de cette oreille : il estime que l’entreprise n’a pas, ici, été privée de cette garantie, alors même que, pour procéder à l'examen des documents, l'administration prolongerait d'une durée raisonnable la vérification au-delà des 3 mois requis. Bien tenté…
Attention. Sachez que si le montant de chiffre d’affaires déclaré s’avère inférieur aux limites prévues en raison d’omissions, d’inexactitudes ou d’insuffisances, la garantie ne s’appliquera pas.
Le saviez-vous ?
De plus en plus de comptabilités sont tenues au moyen de système informatisées. Lorsque le vérificateur envisage le contrôle d’une comptabilité informatisée, vous devez remettre au vérificateur une copie des fichiers des écritures comptables sous forme dématérialisée (clé USB, disque dur externe, etc.). Dans ce cas, il est expressément prévu que :
- le délai de 3 mois est suspendu jusqu'à la remise de la copie des fichiers des écritures comptables à l'administration ;
- les délais liés à la préparation des traitements informatiques ne sont pas retenus dans le décompte de ce délai de 3 mois.
En présence d’une comptabilité dénuée de valeur probante, le délai de 6 mois devra être prorogé de la durée comprise entre la date du choix de l’entreprise pour l’une des 3 modalités de communication des traitements informatisés, et la date de remise effective ou de mise à disposition des documents, traitement ou données. En clair, les délais liés à la préparation des traitements informatiques ne sont pas comptés dans le délai de 6 mois
Limitation de la durée du contrôle fiscal : une expérimentation ?
Dans certaines régions. Une expérimentation, mise en place par la loi ESSOC, a été menée pour les contrôles engagés du 1er décembre 2018 au 30 novembre 2022 dans la région des Hauts de France et dans la région Auvergne Rhône Alpes.
Des critères. Il était prévu que les opérations de contrôle (fiscal ou social) des entreprises de moins de 250 salariés et dont le chiffre d'affaires annuel n'excédait pas 50 millions d'euros ne pouvaient pas excéder une durée cumulée de 9 mois sur une période de 3 ans.
Une durée par établissement. La durée cumulée des contrôles (simultanés ou successifs) se calculait par établissement, et non par entreprise. En conséquence, une entreprise qui disposait de plusieurs établissements devait suivre le décompte de la durée de 270 jours pour chacun de ses établissements pris distinctement.
Un décompte ? La durée de chacun des contrôles entrant dans cette expérimentation était décomptée à partir de la date de commencement du contrôle (figurant sur l’avis de contrôle) et jusqu’à la notification de son achèvement. A défaut de recevoir un avis de contrôle, le délai était décompté à partir de la date de la 1ère visite sur place ou de la date de réception d’une demande de renseignements (ou de documents). Pareillement, à défaut de notification de l’achèvement des opérations de contrôle, le délai prenait fin le jour où l’entreprise recevait les conclusions définitives du contrôleur.
Attention. La durée des contrôles était exprimée en jours entiers : les contrôles d’une durée inférieure à 1 jour étaient tout de même comptabilisés pour 1 jour entier.
Une alerte ? Lorsque la durée cumulée des contrôles (9 mois) était sur le point d’être atteinte, l’entreprise pouvait en informer l’administration qui souhaitait engager un nouveau contrôle. Dans ce cas, l’administration devait renoncer à toute velléité de contrôle jusqu’à l’expiration du délai de 3 ans.
Une preuve. A l’appui de son affirmation, l’entreprise devait fournir à l’administration les copies des attestations mentionnant le champ et la durée des contrôles déjà opérés sur l’établissement concerné au titre des 3 dernières années, afin que cette dernière puisse vérifier que les 270 jours ont été atteints.
Une information. L'administration devait informer l'entreprise concernée, à titre indicatif, de la durée de ce contrôle et (avant le terme annoncé), le cas échéant, de sa prolongation.
Attention. Cette limitation de la durée du contrôle n’était pas opposable s'il existait des indices précis et concordants témoignant du fait que l’entreprise a manqué à une obligation légale ou réglementaire.
Un échange d’informations. Enfin, en cas de contrôles réalisés par différentes administrations, elles devaient s'échanger les informations utiles à la computation de la durée cumulée des contrôles.
Une pérennisation ? L’expérimentation accordée à l’URSSAF limitant ses contrôles à une durée de 3 mois pour les entreprises de moins de 20 salariés mise en place par la loi ESSOC a été pérennisée. L’expérimentation en matière fiscale va-t-elle vivre le même avenir ?
A retenir
Par principe, une vérification n’est pas limitée dans le temps. Toutefois, pour les entreprises dont le chiffre d’affaires hors taxes n’excède pas 840000 € (entreprises de vente de marchandises), 254000 € (prestataires de services) ou 391 000 € (entreprises agricoles), le vérificateur ne pourra pas rester plus de 3 mois dans l’entreprise.
Notez avec précision les dates de début et de fin des opérations de contrôle pour valider le respect de cette règle par le vérificateur.
J'ai entendu dire
La vérification de comptabilité de notre entreprise devait débuter le 25 avril, mais nous avons demandé à ce qu’elle soit reportée, en raison d’une période de vacances où nous étions en sous-effectif. Quelle date devons-nous prendre en compte pour calculer le délai de 3 mois ?Si vous avez demandé à modifier la date de la 1ère intervention du vérificateur, le délai de 3 mois devra être reporté d’autant : il ne débutera donc qu’à partir de la nouvelle date retenue en accord avec le vérificateur pour le début des opérations de contrôle. En pratique, les vérificateurs vous envoient un courrier pour confirmer la nouvelle date retenue.
- Articles L 52 et L 52 A du Livre des procédures fiscales
- BOFiP-Impôts-BOI-CF-PGR-20-30
- Arrêt du Conseil d’État du 6 avril 2001, n° 205365 (demande de documents après la dernière intervention, mais avant la notification de redressements)
- Arrêt du Conseil d’État du 2 juin 2010, n° 300847 (la date d’achèvement n’est pas la date de remise de la notification de redressements)
- Arrêt du Conseil d’État du 7 avril 2010, n° 325292 (appréciation du délai de 3 mois en cas de report du début du contrôle)
- Arrêt du Conseil d’État du 11 février 2011, n° 318284 (inopposabilité du délai de 3 mois en vue de l’examen des documents comptables remis à la dernière minute)
- Arrêt du Conseil d’État du 12 mars 2014, n° 358373 (activité civile accessoire)
- Arrêt du Conseil d’État du 20 octobre 2016, n° 388067 (durée de contrôle limitée à 3 mois et activité civile)
- Arrêt de la Cour administrative d’appel de Nancy du 16 novembre 2016, n° 15NC01155 (investigations auprès d’un tiers après l’expiration du délai de 3 mois)
- BOFiP-impôts-BOI-CF-IOR-60-40-30
- Article L 47 A du Livre des procédures fiscales
- Loi n°2018-727 du 10 août 2018 pour un Etat au service d’une société de confiance (dite Loi Essoc), article 32 (expérimentation sur la limitation de la durée du contrôle dans les PME communautaires)
- Décret n°2018-1019 du 21 novembre 2018 relatif à l’expérimentation d’une limitation de la durée cumulée des contrôles effectués par les administrations sur certaines entreprises
- Circulaire du 19 février 2019 relative à l’expérimentation d’une limitation de la durée cumulée des contrôles effectués par les administrations sur les petites et moyennes entreprises dans les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Hauts-de-France, n° CPAM1831428C
- Arrêt de la Cour administrative d’appel de Versailles du 23 janvier 2020, n°18VE01798 (limitation de la durée du contrôle et nature de l’activité exercée par la société)
- Ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période
- BOFiP-Impôts-BOI-DJC-COVID19-10 et suivants
Contrôle fiscal : combien ça va coûter ?
Indication des conséquences financières des redressements : une garantie
Une garantie pour vous… Lorsqu’un vérificateur envisage de rectifier vos impôts ou taxes (personnels ou professionnels), il a l’obligation de mentionner sur sa proposition de rectifications fiscales le montant de ces impôts ou taxes rectifiés : il doit donc vous informer sur les « conséquences financières du contrôle fiscal. Mais cette obligation n’est pas systématique.
Sauf dans certains cas… Cette obligation s’impose lorsque le contrôle fiscal est effectué dans le cadre d’une vérification de comptabilité (pour l’entreprise) ou d’un examen de la situation fiscale contradictoire (pour un particulier). En clair, cela suppose que le vérificateur exerce un contrôle sur place (dans le cadre d’une procédure contradictoire ou d’une imposition d’office). A contrario, cette obligation ne s'applique pas aux redressements consécutifs à des contrôles sur pièces (c’est-à-dire un contrôle exercé par le vérificateur à son bureau, sur la base des documents en sa possession).
À noter. Il en sera de même en cas de redressement effectué dans le cadre d’un contrôle sur pièces à partir d’éléments recueillis dans le cadre d’un contrôle sur place. L’exemple classique est le cas d’un associé qui subit un redressement fiscal personnel à partir d’informations recueillies à la suite d’un contrôle de son entreprise.
Quand cette information doit-elle être portée à votre connaissance ? Il est impératif que cette indication des conséquences financières des redressements soit faite avant que vous n’ayez présenté des observations ou accepté les redressements, le cas échéant. Vous ne pouvez, en effet, utilement contester ou accepter des redressements que si vous en avez une connaissance suffisamment précise pour en débattre utilement. Ce qui sous-entend que vous devez être effectivement informé du montant exact des compléments d’impôts qui vous sont réclamés.
À noter. Si, après avoir pris en compte vos observations, le vérificateur décide de réduire le montant des redressements, l’administration fiscale doit alors de nouveau vous informer des nouvelles conséquences financières consécutives à la réduction des rectifications.
Un rattrapage possible ? Certains juges ont admis que l’administration fiscale, qui avait omis d’indiquer dans la notification de redressements les conséquences financières du contrôle, pouvait « réparer » cet oubli en envoyant à l’entreprise une lettre mentionnant ces conséquences financières, dès lors que le délai de reprise n’est pas expiré (en précisant que l’entreprise disposait d’un délai de 30 jours pour présenter des observations). Cette position mériterait toutefois d’être confirmée par le juge.
Indication des conséquences financières des redressements : une obligation
Indiquer les montants redressés. L’obligation qui s’impose à l’administration fiscale porte sur le montant des droits et/ou taxes et des pénalités (intérêts de retard, majorations ou amendes fiscales) qui résultent des rehaussements proposés par le vérificateur. En clair, il est tenu de chiffrer le coût des redressements, pénalités incluses.
Et c’est tout ? Cette obligation d’information s’arrête là : il n’est pas dans l’obligation de préciser les modalités de détermination du montant des droits, taxes et pénalités dans sa proposition de rectifications fiscales. Même s’il n’est toutefois pas rare de constater que le vérificateur détaille le mode de calcul des rectifications envisagées.
Une information précise tout de même. L’indication des conséquences financières doit tout de même être complète. Par exemple, l’administration a vu une proposition de rectifications fiscales jugée irrégulière parce qu’elle a indiqué le montant des impôts sans préciser celui des pénalités correspondantes. Elle se défendait en expliquant qu’elle avait précisé que les redressements étaient assortis des intérêts de retard, mais cela n’a pas suffi à convaincre le juge de l’impôt (notez que l’irrégularité de la proposition de rectifications fiscales n’a ici concerné que les intérêts de retard).
À noter. Si l’administration fiscale décide de réduire, au moment de la mise en recouvrement, le montant des rehaussements qu’elle vous a indiqué, parce qu’elle estime que les redressements ont été surestimés, le juge considère qu’elle peut corriger son erreur sans vous en informer et sans méconnaitre les exigences liées à son obligation d’information.
Impôt par impôt. Cette indication doit être précisée impôt par impôt, et non pas globalement. L’administration fiscale a vu, là encore, une de ses propositions de redressement déclarée irrégulière parce qu’elle n'indiquait pas distinctement pour chaque impôt le montant des droits résultant de cette rectification. Mais cette irrégularité n’a toutefois pas été prononcée par le juge de l’impôt à propos d’une proposition de rectifications qui ne comportait pas une évaluation distincte des intérêts de retard par rapport aux autres pénalités (l’ensemble de ces pénalités ayant été mentionné pour leur montant global).
Le saviez-vous ?
Pour une société membre d’un groupe fiscalement intégré, l’information qui lui est faite dans la proposition de rectifications fiscales porte, s’agissant de l’impôt sur les sociétés, sur les montants dont elle serait redevable en l’absence d’appartenance à un groupe (en dehors de toute référence au montant de l’IS dû par la société mère).
Attention. Il faut savoir que la procédure de rectification contradictoire ne s’applique pas en matière d’impôts directs locaux. Voilà pourquoi l’administration n’est pas obligée, pour ces impôts, d’indiquer les conséquences financières des redressements.
Indication des conséquences financières des redressements : une sanction
Une garantie pour vous… Comme cela a été précisé précédemment, l’indication des conséquences financières des rectifications fiscales envisagées par l’administration constitue une garantie pour vous. Cela signifie donc que l’administration qui ne respecte pas cette obligation doit être sanctionnée.
Une sanction pour l’administration. Une proposition de rectifications fiscales qui ne mentionnerait pas les conséquences financières des redressements envisagés serait irrégulière, ce qui annulerait les redressements en cause.
Mais attention ! Rien n’empêchera l’administration de prononcer le dégrèvement des redressements irréguliers puis de procéder à l’envoi d’une nouvelle proposition de rectifications fiscales (si le délai qui lui est imparti pour le faire n’a pas expiré).
Conseil. Si vous êtes face à cette situation, faites le point avec votre conseil pour être assuré de ne soulever cet argument de poids qu’au moment opportun, c’est-à-dire lorsque l’administration fiscale ne pourra plus rectifier son erreur.
Création d’un droit à l’erreur
Une nouveauté 2018. Depuis le 11 août 2018, il est admis qu’un particulier (ou une entreprise) qui se trompe pour la 1ère fois en remplissant une déclaration d’impôt, soit parce qu’il a méconnu une règle applicable à sa situation, soit parce qu’il a commis une simple erreur matérielle (par exemple en se trompant dans les cases à cocher), ne soit pas pécuniairement sanctionné.
Une généralité ? Le droit à l’erreur ne s’applique ni au défaut ou au retard de déclaration, ni au défaut ou au retard de paiement.
Une régularisation. Cette absence de sanction pécuniaire suppose toutefois que la personne régularise sa situation, donc qu’elle corrige son erreur, soit spontanément, soit après avoir été invitée à le faire par l’administration et dans le délai qui lui a été imparti. Mais attention ! L’absence de sanction pécuniaire n’implique pas systématiquement l’absence de majoration ou d’intérêts de retard…
À noter. Ce « droit à l’erreur » ne concerne que les personnes qui commettent une erreur de bonne foi : si la personne est de mauvaise foi, ou si elle a délibérément tenté de commettre une fraude, les sanctions pécuniaires pourront toujours être prononcées et ce, sans même que le contrevenant n’ait été invité à régulariser sa situation.
Une preuve. En cas de contestation, il appartiendra à l’administration de prouver que le contrevenant est effectivement de mauvaise foi.
Attention. Il sera impossible de se prévaloir du droit à l’erreur pour certaines sanctions :
- celles requises pour la mise en œuvre du droit de l’Union européenne,
- celles prononcées par les autorités de régulation à l’égard des professionnels soumis à leur contrôle.
A retenir
Indiquer les conséquences financières des redressements envisagés contre vous ou votre entreprise est une obligation pour l’administration fiscale (sauf en cas de contrôle sur pièces). Si cette mention fait défaut dans la proposition de rectifications fiscales, la procédure de contrôle pourra être annulée pour irrégularité.
- Article L 48 du Livre des procédures fiscales
- BOFiP-Impôts-BOI-CF-PGR-30-10
- Arrêt de la cour administrative d’appel de Nantes du 29 septembre 2004, n° 01NT00467 (défaut de mention précise du montant des intérêts de retard)
- Arrêt de la cour administrative d’appel de Marseille du 3 juin 2010, n° 09MA03598 (rectification par lettre séparée)
- Arrêt de la cour administrative d’appel de Douai du 30 mai 2013, n° 12DA01155 (défaut de précision impôt par impôt)
- Arrêt du Conseil d’État du 10 décembre 2010, n° 308189 (contrôle sur pièces)
- Arrêt du Conseil d’État du 19 novembre 2013, n° 356117 (contrôle sur pièces)
- Arrêt du Conseil d’État du 20 janvier 2016, n° 378078 (contrôle sur pièces)
- Loi n°2018-727 du 10 août 2018 pour un Etat au service d’une société de confiance (dite Loi Essoc), article 2 (droit à l’erreur)
- Arrêt du Conseil d’État du 20 juillet 2021, n°434029
Solliciter un examen de conformité fiscale
Examen de conformité fiscale : de quoi s’agit-il ?
Définition. L’examen de conformité fiscale (ECF) est une prestation au titre de laquelle un prestataire s’engage, en toute indépendance et à la demande de l’entreprise, à se prononcer sur la conformité aux règles fiscales de 10 points usuels définis dans un chemin d’audit prédéfini (qualité comptable des fichiers des écritures comptables, conformité de ces fichiers, règles applicables aux amortissements, TVA, etc.), et selon un cahier des charges précis.
Des documents préétablis. Vous pouvez consulter ici le chemin d’audit à respecter, de même que le cahier des charges.
Pour qui ? L’ECF est accessible à toutes les entreprises, personnes physiques ou morales, qui exercent une activité professionnelle sous forme individuelle ou en société, quel que soit leur régime d’imposition et leur chiffre d’affaires.
Depuis quand ? Cette prestation s’applique pour les exercices clos à compter du 31 décembre 2020.
Examen de conformité fiscale : comment ?
Qui peut proposer ce type de prestation ? Cette prestation sera le plus souvent assurée par les professionnels du chiffre, du conseil et de l’audit, dans le cadre d’un contrat, établi selon un modèle type, consultable ici. Il peut s’agir d’un avocat, d’un commissaire aux comptes, d’un expert-comptable, d’une association de gestion et de comptabilité ou d’un organisme de gestion agréé.
Contenu du contrat. Ce contrat doit notamment prévoir :
- la période sur laquelle porte l’ECF ;
- les droits et obligations des parties, et notamment la clause résolutoire pour inexécution du contrat ;
- la liste des points constituant le chemin d’audit ;
- la rémunération du prestataire.
Quelle période ? L’ECF porte sur un exercice fiscal.
Un compte-rendu. A l’issue de l’examen, il est établi un compte-rendu de mission retraçant les travaux réalisés dans le cadre de l’ECF, dont le modèle est consultable ici.
Une transmission ? Si l’entreprise mentionne l’existence d’un ECF dans sa déclaration de résultat de l’exercice concerné, le compte-rendu de mission doit être télétransmis à la direction générale des finances publiques (DGFIP) par le prestataire, pour le compte de l’entreprise, au moyen de la procédure de transfert des données fiscales et comptables (TDFC). Cette transmission doit intervenir au plus tard le 31 octobre de l’année de dépôt de la déclaration de résultats, pour les exercices qui coïncident avec l’année civile ou dans les 6 mois qui suivent le dépôt de la déclaration de résultats dans les autres cas.
Une conservation. Ce même document doit être conservé par l’entreprise et le prestataire jusqu’à la fin du droit de reprise de l’administration fiscale au titre de l’exercice concerné.
À noter. Précisons que le compte-rendu en question doit aussi être transmis à l’administration sur simple demande.
Examen de conformité fiscale : les conséquences
Un avantage pour les entreprises. Le recours à l’ECF présente un double avantage pour les entreprises :
- il permet de les sécuriser, notamment au regard du risque fiscal ;
- il constitue un atout dans les relations commerciales qu’elles entretiennent avec leurs interlocuteurs habituels : banques, clients, fournisseurs, etc.
En cas de contrôle fiscal ? En cas de contrôle fiscal conduisant à un rappel d’impôt sur un point validé par le prestataire lors de l’ECF, l’entreprise :
- sera bien sûr tenue au paiement des redressements ;
- pourra solliciter le remboursement de la part d’honoraires payée au prestataire à ce titre ;
- ne sera pas tenue au paiement des pénalités et intérêts de retard si elle a respecté les recommandations de son prestataire, telles qu’elles apparaissent dans le compte-rendu de mission.
A retenir
Pour les exercices clos depuis le 31 décembre 2020, les entreprises qui souhaitent s’assurer que les règles fiscales qu’elles appliquent sont conformes à la réglementation peuvent faire appel à un prestataire externe pour la réalisation d’un examen de conformité fiscale.
- Décret n° 2021-25 du 13 janvier 2021 portant création de l'examen de conformité fiscale
- Arrêté du 13 janvier 2021 d'application du décret n° 2021-25 du 13 janvier 2021 portant création de l'examen de conformité fiscale
- Communiqué de presse du Ministère chargé des comptes publics du 18 janvier 2021, n°570
- Arrêté du 21 juillet 2021 modifiant l'arrêté du 9 janvier 2017 fixant la méthode de sélection des adhérents ou des clients, prévue aux articles 371 E, 371 Q, 371 Z sexies et 371 bis F de l'annexe II au code général des impôts, faisant l'objet, au titre d'une année donnée, d'un examen périodique de pièces justificatives par les centres de gestion agréés, les associations agréées, les organismes de gestion agréés et les professionnels de l'expertise comptable
